Parentalité · Désir d'enfant & parcours
Dossier Quand le projet d’enfant met le couple à l’épreuve
PMA : rester partenaires au cœur du parcours médical
Un parcours d'assistance médicale à la procréation transforme un désir intime en protocole : examens, injections, attentes, décisions. Il demande de l'organisation, et il met le lien à l'épreuve dans la durée. Repères pour traverser ensemble ce que le corps ne partage pas également.
« On a eu notre fille. Et je lui en veux encore. » Émilie a mis quatre ans à formuler cette phrase, et elle l'a dite en s'excusant presque, comme si elle n'avait pas le droit. Le parcours avait duré trois ans, il s'était bien terminé, tout le monde autour d'eux considérait l'affaire close. Sauf que pendant ces trois ans, quelque chose s'était défait entre Marc et elle, et personne ne l'avait vu, eux compris.
Émilie et Marc sont une histoire, bien sûr. Mais elle évoque des propos et des situations que je rencontre dans mes accompagnements. C'est l'angle mort de ces parcours. On les raconte du point de vue du résultat, enfant ou pas d'enfant, alors que ce qui se joue entre les deux personnes, mois après mois, laisse des traces bien après la fin.
Cette boîte, des milliers de couples la connaissent. L'assistance médicale à la procréation, que la loi française ouvre aujourd'hui aux couples formés d'un homme et d'une femme, aux couples de femmes et aux femmes non mariées, fait entrer le projet d'enfant dans un univers de consultations, de bilans, de calendriers et de décisions successives. Ce que cet article voudrait éclairer, c'est moins la technique que ce qu'elle fait au lien : comment un projet commun peut peser inégalement sur les deux corps, comment l'organisation peut dévorer la tendresse, et comment on reste partenaires quand la médecine tient l'agenda.
Quand le désir d'enfant devient un dossier
Au départ, le désir d'enfant appartient à l'imaginaire : une famille, une transmission, une chambre qu'on repeint en pensée. L'AMP le traduit en une autre langue, celle des cycles, des dosages, des taux et des rendez-vous. On apprend un vocabulaire que l'on n'avait jamais eu envie d'apprendre ; on découvre que sa vie intime tient désormais dans une pochette cartonnée qu'une secrétaire appelle « votre dossier ». Cette médicalisation est nécessaire, elle rend possible ce qui ne l'était pas ; mais elle peut produire un sentiment de dépossession. Les partenaires ne décident plus du moment : ils attendent un résultat, l'appel du centre, la disponibilité d'un donneur, la prochaine tentative. Le projet le plus intime de leur vie suit désormais un calendrier institutionnel.
Les techniques elles-mêmes ne se valent pas et ne répondent pas aux mêmes situations : insémination, fécondation in vitro, don de gamètes ou accueil d'embryon dépendent du bilan médical et de la configuration de chacun. C'est pourquoi l'information compte autant : comprendre les étapes, les chances réelles de réussite, les effets secondaires, les alternatives et la possibilité de l'échec. Consentir ne signifie pas seulement signer un formulaire. Il faut pouvoir mesurer, à deux, ce que le parcours va réellement demander : du temps, de l'énergie, des absences au travail difficiles à expliquer, et une part d'incertitude qu'aucune équipe, aussi compétente soit-elle, ne peut faire disparaître. Les couples qui traversent le mieux cette étape sont souvent ceux qui ont posé leurs questions avant de commencer, y compris celles qui fâchent : que ferons-nous si cela ne marche pas ? Jusqu'où irons-nous ? Ces questions ne portent pas malheur. Elles préparent.
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