Couple · Amour, attachement & engagement
« Aime-moi comme je suis » : ce que cette phrase demande vraiment
Nous avons tous prononcé cette phrase, et elle contient une vérité : personne ne veut être aimé sous condition de se transformer. Mais elle mélange deux choses très différentes — ce que nous sommes, et la manière dont nous nous défendons. Les distinguer change tout ce qu'un couple peut se demander.
Elle arrive souvent en fin de dispute, comme un point final. « C'est comme ça, je suis comme ça. Aime-moi comme je suis. » La conversation s'arrête net, parce qu'il n'y a rien à répondre à cela sans passer pour celui qui n'aime pas assez.
Et pourtant, la demande est juste. Être aimé pour ce que l'on est, sans avoir à se rendre présentable, sans devoir gagner sa place par une amélioration permanente : c'est même l'un des besoins les plus profonds qui nous amènent à nous mettre en couple. Un amour qui exige un chantier préalable n'est pas de l'amour, c'est un contrat de rénovation.
Mais la phrase emballe ensemble deux réalités qui n'ont rien à voir. Il y a ce que nous sommes vraiment, dans notre être profond : les valeurs, les goûts, le tempérament, les rêves, la façon d'habiter le monde. Et il y a le système de protection que nous avons bâti, souvent dès l'enfance, pour survivre à nos blessures : le ton qui monte avant même de comprendre, la porte qui claque, le silence de trois jours, l'ironie qui tient à distance, la fuite dans le travail.
Je le dis comme je le pense, après des années à voir cette confusion à l'œuvre : ces protections ne sont pas notre identité. Ce sont des carapaces. Être aimé pour ce que l'on est ne donne aucun droit d'imposer aux autres la façon dont on s'est protégé d'eux. Confondre les deux transforme une demande d'amour en exigence d'immunité.
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