Crises & séparations · Conflits, éloignement & infidélités
Dossier L'infidélité : comprendre, traverser, décider
Infidélité : une histoire intime qui raconte aussi notre société
L’infidélité semble appartenir à la vie privée. Pourtant, lorsqu’elle surgit, elle raconte souvent bien davantage qu’une histoire à trois. Elle parle aussi de notre manière d’aimer, de l’histoire du couple, des rapports entre les sexes, des loyautés familiales et, très souvent, de la confiance comme point de bascule du lien.
On imagine volontiers l’infidélité comme une histoire à trois : celui qui trompe, celui qui est trompé, celui ou celle avec qui cela arrive. Dans la réalité, elle déborde souvent très largement ce triangle. Enfants, amis, familles, confidents : lorsqu’une infidélité surgit, c’est parfois tout un environnement relationnel qui se trouve pris dans l’histoire.
Il suffit d’écouter les conversations autour de nous. Celui-ci a découvert, adolescent, que son père avait une autre relation. Celle-là a accompagné pendant des mois une amie dont le mari était parti. Une autre a appris tardivement qu’elle était née d’une relation extraconjugale. Et puis il y a ceux qui ont trompé, ceux qui ont été trompés, ceux qui ont gardé un secret qui n’était pas le leur.
C’est ce qui rend l’infidélité si particulière. Elle appartient d’abord à l’intimité d’un couple, mais elle reste rarement enfermée dans la chambre où elle a commencé. Certains travaux consacrés aux conséquences de l’infidélité parentale montrent qu’elle peut avoir des répercussions sur les relations avec les enfants devenus adultes et sur certaines de leurs représentations de la confiance et de la loyauté relationnelle. Cela ne signifie évidemment pas qu’un enfant confronté à l’infidélité de ses parents reproduira cette histoire. Mais cela confirme que l’infidélité peut devenir aussi une affaire familiale.
Dans mes accompagnements, je suis souvent frappé par la manière dont une infidélité déborde les deux personnes directement concernées. Elle peut devenir le secret d’un enfant, la douleur d’un ami, la colère d’une belle-famille, parfois même une histoire que plusieurs générations continuent à porter. L’acte appartient au couple ; ses effets, eux, ne s’arrêtent pas toujours à sa frontière.
Et peut-être faut-il alors poser une question un peu différente de celle que l’on pose habituellement : pourquoi un comportement aussi ancien continue-t-il à occuper une place si importante dans nos relations alors que, dans nos sociétés, nous n’avons jamais eu autant de possibilités de quitter un couple ?
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